Le dossier de Hank aujourd’hui : les tests ADN

En 2000, David Protess, professeur de journalisme à l’Université de Northwestern en Illinois, avec l’aide de ses étudiants, a mené deux enquêtes indépendantes sur le dossier de Hank. Les questions, les preuves et les témoignages qui en sont ressortis, n’avaient jamais été évoqués lors du procès ou lors des enquêtes précédentes. Le procureur, John Mann, a décidé à ce moment-là et sous la pression des médias, de faire tester les scellés. Il a annoncé dans la presse locale :

« Je vais tout faire analyser pour ajouter quelques clous supplémentaires dans le cercueil de cet homme (Hank). »

Mann a organisé les analyses sans suivre la procédure judiciaire requise et ce malgré les demandes et protestations répétées de l’avocat de Hank, Doug Robinson. A la fin de l’année 2000, Mann a annoncé triomphalement que les résultats du laboratoire indiquaient que Hank était bien la source des cheveux trouvés dans la main droite de Twila ainsi que du sang trouvé sur l’un des cheveux. Mann a déclaré que le chapitre était désormais clos.

Néanmoins, il s’est avéré que cette déclaration de Mann à la presse était fausse. Après avoir terminé son mandat, il ne pouvait plus contrôler, fabriquer ou disséminer d’information au public à propos des tests ADN. En février 2001, le laboratoire a rendu son rapport d’expertise au nouveau procureur, Richard Roach, rapport préparé à la demande de Mann. Ce rapport établi les faits suivants :

  • Le sang sur un des cheveux trouvés dans la main de Mlle Busby était un de ses propres cheveux et non un cheveu appartenant à M. Skinner.
  • Le profil mitochondrial ADN de l’autre cheveu trouvé dans la main de Mlle Busby n’est pas concluant en ce qui concerne M. Skinner et « l’exclut de ce fait comme source potentielle » de l’origine des cheveux analysés.

Le rapport du laboratoire est plus convaincant de l’innocence de Hank que de sa culpabilité. Malgré la déclaration de Mann quant aux analyses de la totalité des scellés, très peu a en fait été testé, ou si cela a été fait, aucun rapport n’a été publié à ce jour ou remis à ses avocats.

Le 9 octobre 2001 et le 25 octobre 2002, l’avocat de Hank, Steven C. Losch, a déposé une demande pour obtenir les analyses scientifiques des éléments saisis sur le lieu du crime comme suit :

  • Comparaison des empreintes digitales, analyse du sang et autre source ADN trouvés sur les deux couteaux, armes du crime présumées ;
  • Test ADN d’une tache trouvée sur un torchon qui a été découvert dans un sac plastique avec un des couteaux ;
  • Test ADN des prélèvements du kit de viol ;
  • Test ADN des prélèvements d’ongles effectués sur Mlle Busby ;
  • Comparaison du sang des deux autres victimes avec le sang du suspect numéro 1, Robert Donnell ;
  • Test ADN des cheveux et du sang récoltés sur une veste trouvée à côté du corps de Twila.

Ces requêtes ont été rejetées. Un recours a été déposé à la Cour d’Appel du Texas qui a également rejeté cet appel le 9 juillet 2003 et ce pour des raisons tout à fait arbitraires. Depuis les avocats de Hank ont déposé une nouvelle requête pour l’obtention de tests ADN auprès de la Cour Fédérale ou l’appel en habeas corpus de Hank est était en cours de traitement. En juillet 2004, le juge fédéral, Clinton Averitte, a accordé en partie les réclamations déposées par cette requête, y compris la transmission à la défense du dossier et des notes de travail du laboratoire privé que John Mann avait engagé pour effectuer des tests ADN sur une partie des scellés. Il s’est avéré que le laboratoire a mal interprété les résultats et a simplement omis de déclarer que d’autres résultats disculpent Hank. Encore pire, le laboratoire (GeneScreen qui s’appelle désormais Orchid-Cellmark) a modifié le logiciel de son système d’archives ce qui a obscurci les données électroniques des tests et malgré un arrêt de la cour, le personnel de GeneScreen n’a pas coopéré avec les experts ADN de Hank. En 2000, John Mann avait mis sur pied une campagne diffamatoire contre Hank, campagne qui a duré 6 mois, de juillet à décembre avec des gros titres dans les journaux tels que :

« Le procureur va faire tester les pièces à conviction – il s’attend à ce que les cheveux retrouvés dans la main de la victime proviennent de la tête de Skinner » ; « Les résultats des tests ADN sont attendus le mois prochain – le procureur est sûr que les cheveux sont ceux de Skinner » ; « Les résultats des tests ADN impliquent Skinner » ; « Le procureur reçoit les résultats des tests ADN effectués sur des pièces à conviction jamais testées auparavant » ; « Réactions mitigées après la publication des résultats des tests ADN pour Skinner » ; « Les résultats des tests ADN provoquent une vive réaction chez les avocats de Skinner – l’avocat de Washington critique la publication des résultats par le procureur indiquant que les cheveux retrouvés dans la main de la victime portaient la trace du sang de Skinner » ; « Le rapport révèle que les cheveux retrouvés dans la main de la victime appartenaient à Skinner, le procureur indique : dans tous les tests effectués il n’y aucune trace d’une tierce personne » ; « Mann : les tests ADN impliquent Skinner »,

et d’autres articles, tous dans la même verve.

On pourrait se demander pourquoi John Mann avait choisi un laboratoire privé pour faire les tests à un coût de $8000 à $12000 pour les contribuables alors qu’il aurait pu faire effectuer les analyses par le laboratoire de police et ce gratuitement. La réponse se trouve inévitablement auprès du technicien de GeneScreen, William « Bill » Watson. L’assistante du Procureur du Comté de Harris à Houston en charge de dossiers passibles de la peine capitale, Kelly Siegler, avait une préférence pour Watson et le faisait travailler sur la plupart de ses dossiers car Watson est réputé pour fournir aux procureurs les résultats qu’ils souhaitent. Tout comme le médecin légiste Ralph Erdmann M.E. donnait au procureur de Lubbock des résultats d’autopsie «faits sur mesure», peut-être Bill Watson a-t- il donné à John Mann des résultats de tests ADN « sur mesure » ? Ceci expliquerait pourquoi les articles de presse ont cité John Mann qui « s’attendait » à certains résultats. Peut-être tout avait déjà été orchestré, Mann attendait que GeneScreen lui donne des résultats démontrant la culpabilité de Hank ? La vérité est bien là, aucune des analyses des cheveux trouvés dans la main de la victime appartenait à Hank Skinner, mais ils appartiennent bien à une tierce personne! Dès lors que le tribunal a obligé GeneScreen à fournir à la défense les informations détaillées de leurs analyses et que ces informations ont pu être étudiées par un expert de renom, neutre et indépendant; les « mauvaises interprétations » de GeneScreen sont devenues claires. A partir de ces éléments matériels tangibles, les avocats de Hank ont à nouveau déposé une requête pour l’obtention de tests ADN complets des six éléments listés plus haut.

En dehors des tests ADN, il y a deux éléments qui relèvent d’expertises scientifiques et qui restent à explorer. La première est la toxico-kinésiologie pour étudier les effets du mélange d’alcool et de codéine dans le sang de Hank afin d’établir un profil précis quant à la coordination de ses mouvements à l’heure des crimes. La deuxième est la bio-méchanique pour recouper ce qui suit : sa blessure récente (à la date des crimes) qui avait terriblement handicapé sa main droite ; en corrélation avec les conclusions de l’autopsie concernant l’étranglement de Twila qui a requis une force équivalente dans les deux mains ainsi qu’une force particulièrement puissante.

Comme on peut noter dans les décisions juridiques sur ce dossier entre février et juillet 2007, il est clair que l’état du Texas a décidé d’accélérer la procédure d’appel et d’enterrer la vérité à jamais. Le temps est désormais un facteur fondamental et votre soutien est urgent pour nous permettre d’engager les experts nécessaires qui vraisemblablement devront venir de l’extérieur du Texas et afin de couvrir le coût des tests ADN. Les éléments ci- dessous démontrent, une fois de plus, que seule une combinaison d’excellent travail juridique et d’un soutien important à l’extérieur permettra d’étaler la vérité au grand jour et de sauver la vie de Hank :

La condition physique de Hank à l’heure des crimes et pendant les heures qui ont suivi prouve que sa réaction allergique à la codéine associée à l’absorption d’alcool l’avaient précipité dans un état quasi-comateux, le rendant incapable des mouvements coordonnés qui ont été nécessaires pour commettre les crimes et ce pendant une courte période de temps. Twila a été frappée à la tête à quatorze reprises avec un manche de pioche. Ses fils ont tous deux été poignardés dans la zone du cœur par des coups répétés et groupés. L’expert toxicologue pour la défense, le Dr. Lowry du FBI, n’a aucun doute sur le fait que Hank n’était pas en état de se tenir debout sans être aidé, encore moins de frapper une personne à mort et de poignarder deux autre personnes dans un laps de temps très court. Par ailleurs, le Dr. Lowry n’avait même pas été informé (par les avocats de la défense) de l’allergie de Hank à la codéine qui est pourtant documentée dans son dossier médical depuis l’âge de 17 ans. Cette faute des avocats de Hank a permis au procureur d’argumenter qu’en fait Hank était un drogué chronique ayant développé une tolérance qui l’aurait rendu capable de commettre les crimes malgré sa condition à l’heure des crimes. La vérité est que son allergie l’avait rendu quasiment impotent. Le Dr. Lowry a, depuis le procès, fait une déposition sous serment attestant de ce fait médical.

Twila a été étranglée jusqu’à l’asphyxie par des mains si fortes qu’elles ont laissé des marques sur sa peau et brisé les os de sa nuque. À l’époque des crimes, Hank soignait une coupure à sa main droite qui avait presque sectionné son pouce. La plaie s’est infectée à un tel point qu’elle a nécessité une intervention chirurgicale, entraînant une perte musculaire de 30 à 35% et une perte de force de 50%. Au moment des crimes, Hank pouvait à peine tenir une brosse à cheveux dans sa main pour se coiffer. Hank est droitier et n’aurait pas pu manipuler des couteaux ou le manche d’une pioche.

Malgré l’existence de matière génétique prélevée sur la scène du crime (coupures d’ongles, un kit de viol, deux couteaux, un torchon de cuisine ensanglanté ainsi qu’une veste d’homme de taille XL 44-46 retrouvée à côté du corps de Twila), aucun de ces éléments n’a été soumis aux tests ADN avant le procès. En 2000, le professeur David Protess de l’université de Nortwestern en Illinois a mené une enquête approfondie sur le dossier de Hank et découvert les preuves de son innocence.

Malgré la promesse faite par l’état du Texas, à David Protess, Byrson Hull – un journaliste de l’Associated Press, et Maureen Maher de CBS News, de faire tester tous les scellés, jusqu’en 2012 les requêtes de ses avocats pour l’obtention des tests ADN ont été soit rejetées soit ignorées.

L’une des armes présumées du crime, l’un des deux couteaux trouvés sur la scène du crime, était dans un sac en plastique sur lequel a été relevé une empreinte de main qui n’est pas celle de Hank.

Des empreintes de chaussures (de larges semelles de boots) ont été trouvées dans la mare de sang qui s’était formée autour de la tête de Twila et qui menaient à la porte d’entrée, celles-ci n’ont fait l’objet d’aucune enquête quant à leur origine. Hank porte du 42/43 et ne possédait à l’époque qu’une paire de tennis et une paire de mocassins. Le soir des crimes, Hank était en chaussettes. Les empreintes de bottes relevées sur la scène du crime étaient de taille 45/46.

Des gouttes de sang frais prélevées sur le trottoir devant la maison ont été analysées et l’origine ADN établit qu’il provient d’un homme à l’identité inconnue.

Sur la partie en verre de la porte d’entrée, une empreinte de main ensanglantée a été trouvée. Elle a été préservée lorsque la porte a été démontée. Le verre était recouvert avec du papier calque, mais alors que les divers scellés étaient stockés dans les locaux du shérif, quelqu’un a soigneusement découpé le papier calque et gratter l’empreinte avec une lame de rasoir pour la faire disparaître.

Robert Donnell, l’oncle maternel de Twila, avait un passif de violence. Il a été vu, lors de la soirée du Nouvel An chez des voisins, en train de harceler Twila la nuit des crimes. Donnell avait violé sa nièce à deux reprises et sa passion pour les couteaux était réputée. Twila a été retrouvée avec la fermeture éclair de son pantalon défaite et son chemisier remonté au-dessus de sa poitrine. Le médecin légiste a témoigné que la zone génitale de Twila présentait des rougeurs et des irritations. Après que Twila ait quitté la soirée de réveillon, Donnell l’a suivie cinq minutes plus tard, pourtant il n’a jamais eu à justifier son emploi du temps à l’heure des crimes. Après que Donnell fut rentré à son domicile, il a été informé du décès de sa nièce et de ses petits-neveux vers 5 heures du matin, il n’a exprimé aucune émotion, mais il a garé son véhicule devant chez lui, en a retiré les sièges et l’intérieur, a tout nettoyé à grande eau avec une brosse, a remplacé les tapis de sol et a ensuite repeint l’extérieur du véhicule. Plus tard, un enfant du voisinage a identifié le véhicule de Donnell comme celui qui était garé devant la maison de Twila à l’heure des crimes. La police n’a jamais enquêté sur Donnell et ne l’a jamais interrogé. Il a été tué plus tard dans un accident de voiture après avoir conduit en état d’ivresse.

Hank mérite la justice et la justice réclame la vérité.